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Avr-2016

Shaman, magie du centre du Mexique

Culture   /  

Shaman, Chaman ou bien Chamane, le lien humain entre la spiritualité, la nature et l’homme


Nous avons des histoires shamaniques à vous raconter, le vécu de mexicains, citadins comme vous et moi, avec leurs doses de scepticisme, leur doute vis à vis des croyances et des médecines traditionnelles. Des histoires de Shaman, dans des lieux inédits, où vivent des communautés habitées par leurs traditions qui parlent de paix et d’amour.

 

Modesta Lavana Perez Shaman Mexique

Modesta Lavana Perez

Doña Modesta Lavana Pérez – patronne et guérisseur de Morelos

 

Toute la communauté indigène se mobilise pour nommer certains individus à pratiquer le shamanisme. Personne n’est shaman parce qu’il le veut, depuis les temps les plus anciens, cette autorité est accordée par le peuple ou les divinités à travers la nature.

 

Le shaman est-il à prendre au sérieux ? Guérit-il ?

 

Selon le dictionnaire de notre langue mexicaine, le shaman est considéré, dans certaines cultures, comme ayant le pouvoir de communiquer avec les dieux ou de guérir des maladies en utilisant ses pouvoirs magiques, ses herbes et ses produits naturels. Il se dit que le mot « shaman » viendrait du vocabulaire sibérien réunissant, dans la même entité humaine, homme-dieu-médecine. Xaman, avec sa racine « scha », vient de SAVOIR, quelqu’un qui sait, savoir, personne sage ». Pour soigner il faut avoir une foi inconditionnelle, mais pas seulement, il faut aussi des pommades, des huiles, des ventouses, des crèmes, des composés tels que des onguents, des herbes et cette connaissance intuitive. Elle se précise un peu plus au moment de savoir que prescrire au patient, mais aussi ce qui doit se pratiquer au patient, et parfois même des atrocités.

 

Groupe de shaman-guérisseur de Morelos

 

Ces hommes et ces femmes avec ces puissants pouvoirs, sont très respectés et aimés dans les communautés indigènes. Il se dit que les femmes acquièrent ce pouvoir après la ménopause. Dans certaines régions de montagne, dans l’Etat de Morelos par exemple, l’homme acquiert ses pouvoirs s’il survit à la foudre, alors seulement la communauté en fait son shaman.

 

Maria Sabina Shaman Mexique

Maria Sabina

 

L’esprit d’une femme shaman

 

La shaman Maria Sabina, de Huautla, obtint ses guérisons mazatecas grâce aux champignons sacrés de Oaxaca. Malheureusement, beaucoup de charlatans ont depuis profité de ces champignons hallucinogènes jusqu’à les faire pratiquement disparaître. Cependant ils sont encore utilisés dans certaines cérémonies Mexicas de la région. Il y a, bien-entendu, une grande différence entre les vendeurs opportunistes de rituels magiques pour une poignée de billets et l’authentique shaman qui entend le Peyote (Cactus hallucinogène) comme une plante sacré qui ne doit, en aucun cas, se commercialiser.

 

Qu’il y a-t-il de vrai et de faux dans ces pratiques?

 

Sont-elles le produit de l’ignorance et de l’abandon converti en superstition, ou est-ce réellement le produit du savoir ancestral retransmis de génération en génération ?
On peut raconter des histoires effrayantes concernant les cultes, sectes, abus, pratiques et les croyances des herboristes, sages-femmes, guérisseurs, médecine traditionnelle, pharmacies de produits naturels…
Dans les Etats de Oaxaca, Morelos et Michoacán, les sages-femmes et des guérisseurs demandent très peu d’argent pour faire leur travail, le plus important pour eux, c’est que leurs patients suivent la tradition et pour cause… Cette coutume est très curieuse, après l’accouchement, ces guérisseurs sont traités royalement par les habitants voisins de la localité, un ou deux jours avant l’opération et jusqu’à douze jours après. On leur prépare des plats en sauce des plus succulents avec dinde, porc, bouillon de bœuf, chocolat, du mezcal et autres aliments et dégustations.

 

Rebouteux et guérisseur

 

Mais ces sages-femmes ont-elles la connaissance suffisante pour assister un accouchement ? Elles ne savent rien de l’anatomie et le plus souvent analphabètes. Beaucoup de ces sages-femmes sont aussi des guérisseuses.
Puis il y a les techniques de méditation de beaucoup de shamans, comme la méditation Yaqui, Olmeca, celle de Doña Pachita, bien connue pour ses résultats de guérison. Elle s’asseyait pour méditer devant son autel, et quand elle entendait un bourdonnement dans l’oreille, elle changeait d’état et sa transe lui permettait d’effectuer des opérations chirurgicales incroyables…

 

Doña Josefina, peut passer des jours et des nuits sans dormir parcourant des recoins inconnus de l’univers. Célèbres sont ses voyages astraux qui servent à guérir ceux qui viennent la consulter. Don Lucio de Morelos, lui, est relié avec le monde invisible, habité par des « Travailleurs du Temps », des « Bergers » et leur « Troupeaux ». Il acquiert ainsi la connaissance et la transmet aux autres, en particulier à ceux qui lui demandent de aide.
Le Maya Don Panchito, on peut l’imaginer parler directement à Dieu ou également s’endormir en regardant les étoiles et au matin, ressasser ses rêves qui ont à voir avec l’avenir de ses consultants.
Il existe encore les héritiers de Don Pompeyo Torres, là-bas à Angangueo dans l’Etat de Michoacan. Il avait le don de savoir d’où venait le mal de la personne qui venait le consulter, juste en la regardant, il savait tout, puis il la guérissait. Il se passait cet héritage curatif de père en fils.

 

Juan Castro Valdes, à Patzcuaro, Etat de Michoacan, donne de profonds massages jusqu’à replacer les organes. Il guérissait depuis plus de trente ans en donnant ses sobadas (massage) des pieds à la tête, en étirant les os. Il ne voulait pas d’argent, mais en échange il demandait des choses ou des objets insolites, comme les lunettes des patients, par exemple… On trouve ses écrits dans la « Médecine Purepecha ».
Un autre rebouteux, Don Guadalupe Norberto Calderon, de l’île Isla Janitzio, pêcheur sur le lac de Patzcuaro, il soigne sans se préoccuper si le patient a la foi ou non. Il transmet son énergie et ce qu’il ressent en retour lui suffit.

 

Juan Castro Valdes Shaman Mexique

Juan Castro Valdes

 

Juan Castro Valdés – Patzcuaro – rebouteux

 

Egalement, dans l’Etat de Morelos vivait la leader Modesta Lavana Pérez, guérisseuse du village de Hueyapan, dans la région du volcan Popocatepetl. Les autochtones l’appelaient « el correo de los vientos » (le courrier du vent). Une femme combative, comme peu d’autres, pour les droits des peuples indigènes. Elle et deux autres shamans transmirent leur connaissance du Temascal, cérémonie de purification dans un bain de vapeur. La racine de ce mot est Nahua, Temaz, la vapeur et Calli, la maison, maison de vapeur. Utilisé pour dégager les voies respiratoires et le tube digestif, c’est un procédé de nettoyage physique et spirituel relaxant. Doña Modesta fut une guérisseuse de premier ordre dans la région de Morelos. Elle recevait avec une grande gentillesse et parlait des techniques et de certains aspects de la Médecine Traditionnelle Mexicaine, de l’herbier de sa région qu’elle connaissait parfaitement. Elle mourut à l’âge de 81 ans dans la ville de Cuernavaca, son défi fut de préserver sa langue maternelle, le nahuatl. Elle fut reconnue par les autorités comme interprète dans le système de justice pénale de l’Etat de Morelos et ses dérivés. Férue de justice, elle était aussi défenseur des droits de l’homme et grand leader, en plus d’être grand maître dans l’art du tissage de la laine dans le métier-à-tisser de ceinture et, bien entendu, l’utilisation des plantes qu’elle connaissait pour les appliquer à la médecine.

 

Modesta de Morelos Shaman Chamane Mexique

Modesta de Morelos

 

Dans cette région proche du volcan, se célèbre un festival de la médecine traditionnelle, de ses plantes, de la préservation de la culture et de ses pratiques ancestrales. C’est un festival de la santé communautaire. Doña Vicenta Villalba, sage-femme, en fut l’initiatrice. Elle voulait enseigner aux jeunes la connaissance de la médecine traditionnelle, elle se consacrât toute sa vie à la guérison et à l’enseignement. Cette année, lors du festival, un hommage fut rendu aux leaders Modesta Lavana Pérez et Dona Maria Leocadia Ramirez de Amatlán. Dans ce festival, il y a des ateliers où s’apprennent différentes formes de guérison. C’est le marché de la santé communautaire, où vous pouvez acheter des plantes médicinales, huiles, sirops, médicaments naturels, livres, vous pouvez assister à des conférences, tables rondes, projections, rituels, encensoirs et offrandes liés à ces sujets. Ce festival a eu lieu en Mars dernier à Morelos, à Amatlan de Quetzalcoatl, un lieu incroyable, avec une végétation et une écologie d’une grande importance naturelle.

 

Les Cérémonies de purification

 

Elles servent à éliminer les impuretés, colère, stress, les peurs, les nerfs, l’anxiété et la tristesse… Elles servent également pour ceux qui ont abusé des champignons et ne peuvent revenir à un état normal, ou bien pour dominer tout simplement, son état psychique.
Les mexicains disent que l’œuf a la propriété d’absorber la maladie (chupa la enfermedad), son contenu se transforme et détermine le degré du mal. L’œuf doit être de poule ou de dinde, il soigne le mauvais œil, les désirs infâmes, il sert aussi à nettoyer les personnes touchées par le mauvais sort, sorcellerie et maux en tout genre…

 

Ces personnes, au Mexique, se font appelées hueveros (relatif à l’œuf). L’œuf retient tout le mal qui se trouve dans le corps, il se frotte à la manière d’un savon des pieds à la tête, toujours dans le sens des aiguilles d’une montre. Après s’être sanctifié, il s’entonne une prière et l’œuf se casse dans un verre plein d’eau. Le shaman interprète alors les formes que prennent le jaune et le blanc dans l’eau. Parfois, les œufs peuvent sortir noirs et plusieurs purifications sont nécessaires.

 

Guadalupe Norberto Calderon chaman mexique

Guadalupe Norberto Calderon

 

Dans ces terres indigènes tous les maux sont prétextes à purification. Par exemple ; si quelque chose ou quelqu’un vous surprend, vous êtes déjà malade de peur ; toute cause qui touche à l’honneur, vous tombez malade de honte, ou de sentir une impression désagréable, vous êtes bien malade d’anxiété. Lorsque vous trébuchez, le genou vous fait mal, alors vous avez subi une mauvaise émanation de la terre…

 

Sur la place principale de Patzcuaro, se trouve le palais des princes Purepechas, résidence qui appartenait au prince Antonio Huitzimengari, filleul du premier vice-roi de la Nouvelle-Espagne, Don Antonio de Mendoza, fils de Cazonci, dernier souverain l’ethnie Purepecha. A l’intérieur, un patio entouré d’arcades avec beaucoup de fleurs, dans la partie supérieure on trouve les herboristes et guérisseurs Purepechas assistant leurs patients, ils font aussi leurs propres purifications avec des herbes et lisent l’avenir avec leurs cartes particulières. A proximité se trouve l’hôpital de la ville et face à l’hôpital, la maison de la médecine naturelle et des guérisseurs. Partout la vierge Virgen de la Salud (Notre-Dame de la Santé) soulage l’espérance des patients.
Nous pourrions énumérer beaucoup de personnes et d’endroits où ce pratique ce genre de médecine. Je crois sincèrement que l’ignorance incrémente ces pratiques. Il serait bon de corriger les usages et les abus de ces alchimistes et shamans. Le but serait d’enseigner aux gens, qu’il y a des alternatives et qu’il existe aussi la médecine et des docteurs, car beaucoup de gens meurent de maladies qui ne peuvent être soignées par les shamans.

 

Au Mexique les médecins sont concentrés dans les villes et l’indigène dans les petits villages, complètement ignoré la plupart du temps, souffre de l’absence des docteurs. Ces médecins conventionnels n’apprennent pas les langues ethniques locales, ils ne communiquent pas. Les indigènes pensent que, même s’il existe ce bon médecin, il ne peut pas les guérir, parce qu’il ne les comprend pas et ils pensent que la médecine des docteurs, en plus de leur tourner le dos, est mauvaise, tandis que l’herbe est bonne…
Idéalement il faudrait plus de communication entre les deux sciences, afin que chacun puisse apprendre de l’autre sans discrimination. Intégrer ces deux médecines serait bénéfique, à la fois pour les uns, comme pour les autres. Le guérisseur doit communiquer avec le médecin et le médecin avec le guérisseur traditionnel. Ainsi les deux seraient de vrais shamans pour notre propre bénéfice à tous. Tant qu’ils ne le feront pas, le bénéficiaire sera toujours le plus charlatan ou celui qui fera le plus commerce avec notre santé.

 

Traduction d’un ancien texte aztèque sur les herbes médicinales, ils écrivaient déjà de l’avocat :

« On le pensait autrefois de difficile digestion, mais l’analyse moderne a prouvé qu’il est très nutritif, pour ses vitamines. L’avocat est un excellent aphrodisiaque, car avec son utilisation, il renforce considérablement les organes reproducteurs. Il peut être également recommandé comme nourriture pour les diabétiques en raison du peu de sucre et d’amidon. Sa graine est astringente, de sorte qu’elle peut être utilisé avec l’huile qu’elle produit, pour certaines maladies du cuir chevelu, telles que les pellicules et la teigne ».

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